À l’occasion du 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre, les associations, syndicats et institutions du territoire bisontin se mobilisent. Dans un contexte où les chiffres repartent à la hausse, cette édition 2024-2025 met en lumière trois enjeux majeurs : les violences conjugales, l’accompagnement des enfants exposés, la future Maison départementale des femmes et la lutte contre les violences en contexte prostitutionnel et professionnel.
Violences conjugales : une hausse alarmante
Selon le collectif Nous Toutes, 142 féminicides ont été recensés cette année en France, soit un tous les deux jours, une tendance à la hausse après quelques années de ralentissement.
Le ministère de l’Intérieur estime à 272 000 le nombre de femmes victimes de violences conjugales enregistrées en 2024 — uniquement celles qui ont été signalées. Or, seulement une victime sur six porte plainte : la réalité est donc largement sous-estimée. Le 39 19, numéro national, a déjà dépassé les 100 000 appelants en 2024. Parmi les appelantes victimes de violences conjugales : 14 % ont été menacées de mort, 30 % subissent des violences post-séparation et 82 % témoignent d’un impact important sur leur santé. L’OMS confirme l’ampleur des conséquences : les femmes victimes perdent en moyenne 4 années de vie en bonne santé et présentent 60 % de problèmes de santé supplémentaires.
L'interview de la rédaction : Eva Bronnenkant, présidente de l'association Solidarité Femmes à Besançon
Enfants exposés : des victimes à part entière
Les violences conjugales touchent directement les enfants : 75 % des appelantes du 39 19 sont mères, 98 % estiment que leurs enfants sont victimes de violences indirectes, 84 % observent anxiété et stress et 33 % relèvent signes de dépression ou de fatigue. L’association Solidarité Femmes souhaite créer un pôle spécialisé d’accompagnement des enfants victimes, afin d’élargir l’offre actuelle, limitée aux enfants des femmes hébergées. Plus d’une centaine d’enfants pourraient être concernés. Le projet nécessite des financements pour renforcer les postes de travailleurs sociaux et psychologues.
L'interview de la rédaction : Eva Bronnenkant, présidente de l'association Solidarité Femmes à Besançon
La Maison Départementale des Femmes : ouverture en 2026
À l’initiative de Solidarité Femmes et du CIDFF, la Maison Départementale des Femmes, et soutenue par la Ville de Besançon, ouvrira au printemps 2026. Ce futur lieu unique proposera : accueil et écoute, accompagnement global, services juridiques, sociaux, psychologiques et lien renforcé avec les professionnels de santé et le CHU. En amont de ce déménagement, l’association organise des portes ouvertes le 28 novembre, l’occasion de retracer l’histoire du lieu actuel, situé rue des Roses, et de présenter la continuité du travail mené par les salariées.
Cyberviolences
Les associations alertent sur la montée des cyberviolences, particulièrement chez les jeunes : contrôle numérique, chantage affectif, cyberharcèlement. Le « cyber-violentomètre », créé par la Fédération nationale de Solidarité Femmes, prolonge le désormais classique violentomètre diffusé notamment sur les sacs à pain.
Prostitution : un phénomène massif en ligne et une loi peu appliquée
Le Mouvement du Nid alerte sur l’explosion de la prostitution via internet : les maraudes virtuelles révèlent un « catalogue » de profils très majoritairement liés à des réseaux, souvent internationaux. À Besançon, seules 4 à 5 personnes exercent encore dans la rue ; le reste se déroule en ligne. Rappelons que l’achat d’actes sexuels est illégal. Pourtant, selon l’associations aucun client n’a été verbalisé dans le Doubs, environ 1 200 à 1 300 verbalisations par an seulement au niveau national. A ce sujet, le Mouvement du Nid organisera un colloque le 24 novembre, au Centre diocésain, sur la santé des personnes en situation de prostitution.
Violences au travail : un continuum des violences systémiques
L’intersyndicale CGT–FSU–Solidaires et son collectif de femmes proposeront une conférence le 26 novembre (Faculté des Lettres), avec l’économiste Rachel Silvera, spécialiste du genre et du marché du travail. Quelques données chiffrées ont été données : dans le privé, les femmes gagnent 22 % de moins que les hommes, à temps égal, l’écart reste de 14 %, 1 femme sur 4 est à temps partiel (souvent subi), contre 1 homme sur 10, 8 sur 10 subissent des attitudes sexistes au travail et 4 sur 10 déclarent des violences sexistes ou sexuelles. L’objectif de la conférence : montrer que les violences économiques, conjugales et professionnelles relèvent d’un même système de domination.
Autres événements à Besançon
Jusqu’au mois de décembre, un riche programme est proposé sur le territoire bisontin. Parmi les évènements à suivre :
Manifestation, le samedi 22 novembre, à 15h, sur l’Esplanade des Droits de l’Homme (avec prises de parole des associations et la chorale féministe La Horde Vocale).
Projection du documentaire “Sous mon sourire” (Delphine Ziegler), le 2 décembre au FJT des Oiseaux.
Projection Amnesty International – “The Perfect Candidate” : le 27 novembre, à 20h, au FJT.
Signature du Plan départemental de lutte contre les violences faites aux femmes 2026-2028 : le 25 novembre, à la Préfecture.
Egalement : Actions de prévention, théâtre, expositions….
À Besançon, un rassemblement est prévu ce mercredi à 14h30, place Pasteur, à l’initiative de Sol Mi Ré. L’action s’inscrit dans la Journée internationale des droits de l’enfant et vise à alerter sur les discriminations et les violences subies par les mineurs, notamment étrangers. Le mouvement est soutenu au niveau national par la Coordination des mineurs isolés en lutte.
Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, qui se tiendra le 25 novembre, la préfecture du Doubs et la Délégation départementale aux droits des femmes lancent une opération de sensibilisation ce mercredi 19 novembre : 165 000 sachets de boulangerie, illustrés du violentomètre et des numéros d’aide aux victimes, seront distribués. Trois lieux ont été choisis : A 8h30, à Audincourt, à la boulangerie Finck, à 9h, au Fournil du Lac, à Oye-et-Pallet, et à 11h, à la boulangerie Figard, à Besançon.
Dans le cadre de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, le Département du Jura renouvelle son engagement pour l’inclusion. Ce jeudi 20 novembre, sept duos seront constitués pour le DuoDay : une journée d’immersion dans les services de la collectivité entre agents et personnes en situation de handicap. Objectif : encourager la rencontre, bousculer les idées reçues et ouvrir des voies vers l’emploi. Une initiative concrète pour un service public plus accessible et plus humain.
Ce samedi 15 septembre, dans la cité comtoise, l’antenne bisontine de l’association L214 a organisé une action place du 8 Septembre, suite à la publication d’une enquête nationale révélant l’ampleur de l’élevage intensif. En Bourgogne Franche-Comté, 1 % des élevages concentrent 40 % des animaux. Les bénévoles ont invité les passants à interpeller leurs députés via des cartes postales-pétitions. Objectif : réduire de moitié le nombre d’animaux tués pour l’alimentation d’ici 2030. Plus de 150 cartes ont été collectées et seront transmises à l’Assemblée nationale.
Depuis 2023, un van itinérant sillonne la Bourgogne-Franche-Comté pour offrir un accès au droit au plus près des habitantes et habitants. Porté par la Fédération régionale des CIDFF (Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles), ce dispositif innovant se déploie largement depuis 2024 et 2025 sur l’ensemble du territoire. Chargée de projet, Lily Tribouley-Mathey revient sur les enjeux d’un outil pensé pour aller là où les services publics ne vont plus.
Un service né pour lutter contre l'isolement territorial
Initialement expérimenté, le van a convaincu. Il répond à une problématique bien particulière : l’accès inégal aux services d’information et d’accompagnement. « Notre région est très étendue et très rurale. Les services au public sont concentrés dans les grandes villes. Le van nous permet d’aller à la rencontre des habitants là où ils vivent, devant un supermarché ou sur un marché », explique Lily Tribouley-Mathey. Pensé pour les zones rurales, le dispositif a progressivement étendu son rayon d’action : quartiers prioritaires, événements institutionnels, et désormais milieux universitaires.
L'interview de la rédaction : Lily Tribouley-Mathey, chargée de projet
Un outil pour toucher tous les publics, y compris les étudiants
En 2025, le CIDFF a inauguré une « tournée des campus », une première à l’échelle nationale. Les étudiants constituent un public difficile à atteindre, alors même qu’ils sont, selon la chargée de projet, « énormément victimes de violences, de discriminations et de précarité, autant sociale qu’économique ». Le dispositif permet ainsi d’aller au-devant de jeunes souvent isolés, parfois loin de leur famille, confrontés à des jeux de pouvoir au sein de l’université, ou encore à des situations de grande vulnérabilité.
Les violences sexuelles et sexistes surviennent fréquemment dès la première semaine d’intégration, souvent en contexte festif. « Beaucoup mettent du temps à comprendre que ce qu’ils ont vécu relève d’une violence », ajoute-t-elle, rappelant la nécessité d’un espace d’écoute bienveillant. « On les croit. Toujours. Et on peut les accompagner dans des démarches psychologiques ou juridiques. »
L'interview de la rédaction : Lily Tribouley-Mathey, chargée de projet
Un accès au droit pour tous, au-delà des violences faites aux femmes
Souvent perçus comme des structures centrées sur la lutte contre les violences faites aux femmes, les CIDFF remplissent en réalité une mission plus large d’accès au droit.
Chaque centre doit disposer au minimum d’un·e juriste : orientation, vulgarisation du droit, explication des démarches… « L’objectif est de rendre l’information accessible à tous, gratuitement et de manière confidentielle », rappelle Lily Tribouley-Mathey. Selon les départements, les CIDFF développent aussi des actions spécifiques : accompagnement vers l’emploi, hébergements pour femmes victimes de violences conjugales, parcours de sortie de prostitution, etc.
Prostitution, traite et réseaux sociaux : un enjeu croissant
La chargée de projet souligne également un phénomène préoccupant : l’entrée de plus en plus précoce de jeunes femmes dans la prostitution ou la traite, souvent via les réseaux sociaux. Si ce volet du projet reste récent, les CIDFF restent mobilisés pour lutter contre l’exploitation en toutes ses formes.
L'interview de la rédaction : Lily Tribouley-Mathey, chargée de projet
Un « aller-vers » concret : visibilité, proximité et écoute active
Le van itinérant ne se contente pas d’être présent sur le terrain : il capte l’attention. Tables, chaises, outils de sensibilisation, échanges informels… « L’aller-vers, ce n’est pas juste être sur place. C’est aller au contact. Quand quelqu’un observe le van de loin, on l’aborde, on crée un dialogue. C’est comme ça que les problématiques émergent. »
Grâce à cet outil mobile, le CIDFF rend visible un droit qui, trop souvent, reste inaccessible.
La Région Bourgogne-Franche-Comté lance les « Rendez-vous de Castan », un nouveau format de débat citoyen autour des grands sujets de société. Le premier rendez-vous se tiendra ce mercredi 12 novembre, à 18h, au Conseil Régional à Besançon. Il portera sur les conduites addictives. On notera la participation d’experts, d’élus et de professionnels de santé.
Un espace d’échanges ouvert à tous, pour réfléchir collectivement aux enjeux d’aujourd’hui.
Entrée gratuite sur inscription : https://app.novagouv.fr/form_dev/d1be8fcdbda77f9558196f42d94aba2c/#/formulaire/
Selon une récente étude de l’Insee, l’espérance de vie en Bourgogne-Franche-Comté reste inférieure d’environ un an à la moyenne nationale : 85 ans pour les femmes, 79,1 ans pour les hommes. L’état de santé général y est moins favorable, avec 1 habitant sur 5 souffrant d’une maladie chronique.
La région compte 345 300 patients hypertendus (+1,4 %) et 139 000 diabétiques (+3,9 %). La mortalité prématurée, avant 75 ans, y est 4 % plus élevée, en lien avec les maladies cardiovasculaires, le tabac, l’alcool et d’autres causes externes. Il est bon de rappeler que la mortalité prématurée recule depuis 15 ans grâce aux efforts de dépistage et de prévention.
Le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint 84 862 au 1er octobre 2025, selon les données publiées par le ministère de la Justice. Ce chiffre marque une légère hausse par rapport au mois précédent, illustrant une tendance persistante à la surpopulation carcérale.
La région compte aujourd’hui près de 350 000 jeunes de 18 à 29 ans, soit 130 000 de moins qu’en 1980. En cause : baisse de la natalité et départs pour études ou emploi. À la campagne, l’accès aux services essentiels (France Travail, auto-écoles, sport, cinémas…) reste difficile. 1 jeune sur 5 n’est ni en études ni en emploi, et 10 % vivent encore chez leurs parents à l’approche de la trentaine. D’ici vingt ans, la Bourgogne-Franche-Comté pourrait perdre encore 50 000 jeunes adultes.