À Pontarlier, France Travail a présenté les résultats de l’enquête Besoins en Main-d’Œuvre (BMO) 2026 aux côtés de plusieurs partenaires du réseau pour l’emploi. Une conférence de presse organisée pour dresser un état des lieux du marché du travail dans le Haut-Doubs et mettre en avant les actions engagées pour accompagner les entreprises et les demandeurs d’emploi dans un contexte économique plus incertain. Autour de la table figuraient notamment la Mission Locale, Cap Emploi et le Département du Doubs. Tous ont insisté sur l’importance du travail partenarial pour répondre aux besoins de recrutement et soutenir les publics les plus éloignés de l’emploi. « L’idée était de communiquer ensemble sur les actions que nous mettons en place en direction des entreprises, en faisant le lien avec l’enquête BMO », a expliqué Laurence Perrier, directrice de l’agence France Travail de Pontarlier
Un territoire encore dynamique malgré des signes de fragilité
Le Haut-Doubs conserve un taux de chômage inférieur à la moyenne départementale. Sur la zone d’emploi de Pontarlier, il s’établit à 5,5 % au quatrième trimestre 2025, contre 7,7 % dans l’ensemble du Doubs. Mais derrière ces chiffres relativement favorables, plusieurs indicateurs témoignent d’un ralentissement progressif du marché du travail. La demande d’emploi augmente légèrement sur un an dans les catégories A, B et C. Les catégories B et C regroupent les personnes exerçant une activité réduite, tandis que la catégorie A concerne les demandeurs d’emploi totalement sans activité.
Autre signal observé : les offres d’emploi collectées par France Travail sont en recul. Sur un an, 5.537 offres ont été enregistrées dans le Haut-Doubs, soit une baisse de 11 %. La diminution est particulièrement marquée pour les emplois durables. Les offres en CDI ou en CDD de plus de six mois chutent de 24 %. « Cela démontre bien que les entreprises ont du mal à se projeter », ont souligné les responsables de France Travail. Dans le même temps, l’emploi temporaire progresse d’environ 10 à 11 %, signe que les entreprises privilégient davantage l’intérim dans un contexte économique jugé plus fragile.
Des intentions d’embauche en baisse dans le Doubs
L’enquête BMO, réalisée chaque année par France Travail auprès des employeurs, permet d’anticiper les besoins de recrutement et les métiers en tension. Plus de 21.000 établissements ont répondu à cette édition 2026 en Bourgogne-Franche-Comté. Dans le Doubs, 15.430 projets de recrutement sont annoncés cette année, soit environ 1.140 de moins qu’en 2025. Après le fort rebond économique post-Covid, le marché de l’emploi retrouve progressivement un niveau plus proche de celui observé avant la crise sanitaire.
Besançon concentre 60 % des projets de recrutement du département, devant Montbéliard (19 %), Pontarlier (15 %) et Morteau (6 %). Les deux bassins du Haut-Doubs connaissent cependant des situations différentes. Pontarlier affiche 2.270 intentions d’embauche en 2026, contre 2.040 l’année précédente. À Morteau, les intentions tombent à 950 projets de recrutement. Le recours à l’emploi saisonnier reste plus marqué sur le secteur de Pontarlier, notamment dans le tourisme et certaines activités agroalimentaires.
Les services et l’aide à la personne toujours sous tension
Comme ailleurs dans le département, les entreprises du secteur des services demeurent les principales recruteuses dans le Haut-Doubs. Elles représentent jusqu’à 68 % des projets de recrutement à Pontarlier et 50 % à Morteau. Les métiers de l’aide à la personne restent les plus recherchés et les plus difficiles à pourvoir. À Pontarlier, les aides à domicile et auxiliaires de vie arrivent largement en tête des recrutements envisagés. France Travail souligne surtout l’ampleur des tensions dans ces métiers. Les secteurs de l’hôtellerie-restauration et de la santé continuent également de rencontrer d’importantes difficultés. Les aides de cuisine, employés polyvalents de restauration, serveurs ou encore aides-soignants figurent parmi les professions les plus recherchées. À Morteau, les employeurs signalent aussi des tensions dans les métiers de l’assainissement et du traitement des déchets. Même si les difficultés de recrutement annoncées par les entreprises sont légèrement en baisse pour 2026, les responsables de France Travail restent prudents : plusieurs secteurs demeurent durablement sous tension, notamment la santé, les services à la personne ou le BTP.
Une stratégie recentrée vers les TPE et PME
Face à ces difficultés, France Travail adapte son offre de services en direction des très petites entreprises et des PME. « Deux recrutements sur trois concernent des structures de moins de 50 salariés », ont rappelé les intervenants. Ces entreprises, souvent dépourvues de service ressources humaines, ont besoin d’un accompagnement spécifique pour recruter et améliorer leur attractivité. Pour répondre à ces enjeux, le réseau pour l’emploi s’appuie sur une coopération renforcée entre France Travail, la Mission Locale, Cap Emploi, le Département du Doubs et les intercommunalités du territoire. Les partenaires ont mis en avant le rôle des Comités Locaux pour l’Emploi (CLPE), chargés de définir les priorités d’action à l’échelle locale selon les besoins des entreprises et des territoires.
Une “task force entreprise” déployée dans le Haut-Doubs
Parmi les principaux outils présentés figure la création d’une « task force entreprise ». Cette cellule réunit régulièrement les partenaires du réseau pour l’emploi afin de coordonner les actions menées auprès des employeurs. L’objectif est de proposer un accompagnement personnalisé et simplifié aux entreprises grâce à un interlocuteur coordonné capable de mobiliser rapidement les différents dispositifs existants. Les actions sont adaptées selon les territoires du Haut-Doubs, qu’il s’agisse du Val de Morteau, des plateaux ou des secteurs frontaliers. « L’entreprise n’a pas besoin de répéter plusieurs fois le même discours », ont insisté les intervenants, qui souhaitent rendre le parcours plus fluide pour les employeurs.
Le Département mise sur l’immersion et les réseaux d’entreprises
Le Département du Doubs a également détaillé plusieurs actions concrètes mises en place dans le cadre du retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA. Parmi elles figure le dispositif « PLÉIADE », développé avec France Travail autour des métiers de l’aide à domicile. Le principe : proposer des immersions professionnelles afin de faire découvrir concrètement ces métiers et dépasser certaines idées reçues. « L’immersion permet d’être en situation réelle d’exercice du métier », ont expliqué les représentants du Département. Dans le Haut-Doubs, quatorze bénéficiaires du RSA ont déjà intégré ce dispositif, qui débouche régulièrement sur des embauches dans les structures d’aide à domicile confrontées à des pénuries de personnel.
Autre initiative présentée : la réactivation d’un club RH sur la bande frontalière, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie et la Chambre des métiers. Ce réseau réunit une quinzaine d’entreprises qui échangent sur leurs problématiques de recrutement, leurs pratiques RH et les solutions mises en œuvre localement. France Travail intervient également dans ces rencontres afin de mieux faire connaître ses dispositifs d’accompagnement des entreprises, encore parfois méconnus selon les partenaires présents. Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité de construire « un écosystème le plus efficient possible » afin de fluidifier les relations entre les différents acteurs de l’emploi et répondre plus efficacement aux besoins du territoire.