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Homicide à Besançon : « J’ai tué ce matin, et si je veux, je peux encore tuer », un suspect au profil inquiétant

Publié le 10 Nov. 2021 à 18:11
Tags: Faits divers | homicide | Besançon |
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Homicide à Besançon : « J’ai tué ce matin, et si je veux, je peux encore tuer », un suspect au profil inquiétant

Un suspect a été interpellé concernant l’homicide survenu rue de la Mouillère à Besançon hier après-midi. La victime, un homme d’une trentaine d’années, un brillant ingénieur en horlogerie, a reçu plusieurs coups avec une arme blanche. En dépit de l'intervention rapide des secours, la victime n'a pas pu être réanimée. C’est un homme de 31 ans, originaire du secteur de Valdahon qui a rapidement été identifié et interpellé hier à 16h30 par les forces de l’ordre. Il a immédiatement admis être l’auteur des coups mortels, pour un mobile encore flou. Une enquête est en cours. Sa garde à vue a été prolongée de 24h supplémentaires.

 

Un individu capuché, portant des lunettes de soleil, qui tambourinait à toutes les portes

 

Mardi 9 novembre, à 11h37, la police et les pompiers sont appelés par des voisins directs de la victime, ces derniers constatant qu’un homme gît dans une mare de sang, dans les parties communes de l’immeuble. Le Samu arrive très peu de temps après les policiers, et l’homme est alors encore en vie, inconscient, mais décède quelques minutes plus tard. Le médecin légiste constate de multiples plaies au niveau des jambes, des bras, du thorax et de la tête. L’ensemble de ces blessures auraient entraîné un épanchement sanguin important, causant certainement la mort de la victime. Une autopsie réalisée dans l’après-midi devrait confirmer dans les prochaines heures les circonstances exactes du décès. « La victime est un brillant ingénieur de 30 ans, originaire de Loire Atlantique, ayant travaillé durant de nombreuses années en Suisse » souligne Etienne Manteaux. Les premières constatations mettent en évidence que l’appartement n’a pas été fouillé, et qu’il est probable « que rien n’ait été volé » indique le procureur de la République de Besançon. Très rapidement, les enquêteurs du service de police judiciaire de Besançon recueillent plusieurs témoignages de personnes vivant dans la copropriété. Trois d’entre eux déclarent qu’entre 7h30 et 11h, ils entendent tambouriner à la porte, et se retrouvent face à un individu capuché, portant des lunettes de soleil, et tenant des propos qu’ils ont du mal à comprendre. La conversation étant confuse, l’individu repart. Une situation qui se répète à de nombreuses reprises de 7h30 jusqu’à 11h. L’enquête dirige alors les enquêteurs du côté l’hôtel Mercure, où ils obtiennent des éléments laissant apparaître le comportement étrange d’un individu. Grâce à la vidéosurveillance de l’établissement, ils identifient l’individu, portant une tenue vestimentaire similaire à celle de l’homme s’étant présenté le matin même au 23 rue de la Mouillère.

 

« J’ai tué ce matin, et si je veux, je peux encore tuer »

 

Les enquêteurs font alors le lien avec une autre affaire : celle du véhicule ayant percuté une voiture de la police municipale à 7h50 hier, rue Carnot, à proximité de la rue de la Mouillère. Un individu, refusant d’obtempérer a blessé plusieurs policiers municipaux, s’échappant dans la foulée. Il s’avère que cette voiture est celle avec laquelle le suspect serait venu dans cet hôtel. « A cette heure, je n’ai pas la capacité de dire que c’est lui, qui à 7h50, était au volant du véhicule, même si on a des raisons de le penser. La seule certitude, c’est que le véhicule qu’il utilisait a été impliqué dans ce refus d’obtempérer aggravé » précise Etienne Manteaux. Une surveillance est alors mise en place au niveau de l’hôtel Mercure. On apprendra que l’homme est allé se faire couper les cheveux après son crime, puis s’acheter des habits aux Galeries Lafayette, en faisant de nombreux achats. Il se dirige ensuite dans un commerce, où il va dévoiler son meutre à une vendeuse. Il explique qu’il vient de tuer quelqu’un, en lui décrivant toute la scène de crime. Il ajoute « qu’il avait tué ce matin, et que s’il voulait, il pouvait encore tuer ». Cette commerçante l’écoute une vingtaine de minute, puis l’homme repart en la remerciant « pour sa gentillesse et la qualité de son écoute ». Il prend ensuite le chemin de l’hôtel mais s’arrête au Parc Micaud, où il va s’asseoir sur un banc sur lequel se trouvent deux mineurs. A nouveau, il se confesse, et dépeint le crime qu’il vient de commettre. La commerçante, tout comme les deux jeunes, troublés par cet homme qu’ils jugent perturbé et confus, ne croient pas à la véracité de ses propos. Il est interpellé peu après, au moment de son retour à l’hôtel, aux alentours de 16h50.

 

Des propos incohérents, un profil très inquiétant

 

Il a alors en sa possession, un sac qui contient un pantalon maculé de sang. La perquisition de sa chambre amène la découverte d'autres éléments : un haut à capuche avec d’importantes traces de sang, une paire de ciseaux, et une carte de visite au nom de la victime, qui selon les voisins, était apposée sur la porte d’entrée de l’appartement. Et qui n’était plus là lorsque le corps a été découvert. Placé en garde à vue, il est entendu à partir de 21h, hier soir. Il admet alors immédiatement être l’auteur des coups portés à la victime, mais donne plusieurs versions différentes. La première étant qu’il explique avoir tué une personne avec qui il était en conflit. Le suspect qui a connu la prison, indique avoir été dans la même cellule que sa victime. Seulement, les enquêteurs lui font observer que la personne qu’il a tuée n’est absolument pas celle avec qui il a partagé sa cellule en tant que détenu. C’est alors qu’il fait part d’une deuxième version, et déclare que cette envie de tuer « lui est venue du cœur », et qu’il avait senti « que cet homme était une mauvaise personne ». Il annoncera aussi plus tard lors de son audition, être « la réincarnation de Jésus ». « A cette heure, il est très difficile de se prononcer sur un mobile, compte-tenu des déclarations confuses et peu cohérentes du suspect » explique Etienne Manteaux. Depuis, il refuse de s’exprimer devant les enquêteurs, et sa dernière requête datant de ce matin est qu’il souhaite être défendu par Éric Dupont-Moretti. « C'est dire le profil inquiétant de cet homme » souligne le procureur de la République.

 

Déjà condamné, mais aucun antécédent psychiatrique

 

L’homme a déjà été condamné à de très nombreuses reprises pour des faits de vols aggravés, de violences, de trafic de produits stupéfiants, et d’infractions routières, mais ne bénéficiait d’aucun antécédent psychiatrique. « Il y aura un gros travail à faire sur sa personnalité. C’est le point central de ce dossier » indique Etienne Manteaux. L’individu a été incarcéré en 2015 et a purgé une peine de 5 ans ferme pour des faits de vols avec violence commis en Saône-et-Loire. Il a été libéré en février 2020, et à la suite de sa libération il était suivi par le service pénitentiaire d’insertion et de probation du Doubs, de février 2020 à avril 2021, qui avait noté une évolution « plutôt favorable », puisqu’il avait retrouvé du travail. Il consultait aussi un psychologue afin de combattre sa violence et son impulsivité. Il n’était plus suivi depuis avril 2021, où la dernière mesure judiciaire qu’il devait effectuer était arrivée à échéance. Il était depuis longtemps, un consommateur de cannabis et de cocaïne.

Une deuxième personne a été placée en garde à vue dans cette affaire : la compagne du suspect, âgée de 19 ans, avec laquelle il vit depuis 6 mois. Cette dernière n’a pas d’antécédent judiciaire. Interrogée, elle n’a pas pu fournir la moindre explication aux enquêteurs sur ce passage à l’acte, disant tout ignorer. Elle confirme seulement le retour de son compagnon avant 13h à l’hôtel, ses vêtements couverts de sang.

Un nouveau point presse sera donné demain à 18h30, afin d’apporter d’autres éléments plus probants à ce dossier.