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Beure : au Musée Lucien Roy, l’Histoire se raconte à hauteur d’homme

Publié le 05 Aoû. 2026 à 17:08
Tags: culture | histoire | musee lucien roy |
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Beure : au Musée Lucien Roy, l’Histoire se raconte à hauteur d’homme

À quelques kilomètres de Besançon, le Musée Lucien Roy de Beure conserve la mémoire des conflits qui ont marqué la France depuis le XIXe siècle jusqu’aux opérations militaires contemporaines. Uniformes, lettres, photographies, objets personnels et équipements militaires composent des collections constituées presque exclusivement grâce aux dons. Derrière chaque pièce, les bénévoles cherchent surtout à raconter des parcours humains et à transmettre une histoire sans en effacer les pages les plus difficiles.

Un musée né d’une volonté de mémoire

L’histoire du lieu est intimement liée à Jean Cretin, ancien militaire engagé notamment en Indochine et en Algérie, lui-même issu d’une famille marquée par les guerres. À la fin des années 1960, les événements de Mai 68 et notamment la vision de drapeaux brûlés provoquent chez lui un déclic : il souhaite conserver les traces des conflits et la mémoire de ceux qui les ont vécus. Grâce à son important réseau dans le monde des anciens combattants, les premiers dons affluent. D’abord conservées à son domicile, les collections prennent progressivement place dans une ancienne maison de vigneron de Beure, acquise pour accueillir le futur musée. Les locaux sont aménagés à partir des années 1970, avant la création de l’association en 1983. Jean Cretin choisit de donner au musée le nom de son oncle, Lucien Roy, soldat de la Première Guerre mondiale. Fait prisonnier en 1915, le jeune homme meurt du typhus dans un camp allemand, à seulement 22 ans.

 

 

Des originaux pour raconter l’Histoire

Aujourd’hui, 98 à 99 % des collections proviennent de dons. Un principe auquel les bénévoles sont particulièrement attachés : présenter autant que possible des pièces originales. « On fait avec ce qu’on a », résume Françoise Martin, bénévole depuis une dizaine d’années et ancienne professeure d’histoire-géographie. Cette particularité signifie que certains personnages ou événements ne peuvent être évoqués aussi largement que d’autres, faute de documents. Mais elle donne aussi au musée une identité particulière. Ici, l'Histoire ne repose pas seulement sur des panneaux explicatifs. Une lettre, un uniforme, une médaille ou une photographie devient le point de départ d'un récit individuel replacé dans son époque.

L'interview de la rédaction : Françoise Martin

Du XIXe siècle à l’Afghanistan

Le parcours dépasse largement les deux guerres mondiales. L’un des plus anciens documents conservés est l’état de service, daté de 1814, d’un militaire dont le parcours avait commencé auprès des Français partis soutenir les insurgés américains contre les Britanniques avant de se poursuivre lors des campagnes napoléoniennes. Quelques pièces racontent ensuite la guerre franco-prussienne de 1870, avant les importantes collections consacrées à 1914-1918 et à la Seconde Guerre mondiale.

L’Indochine et la guerre d’Algérie occupent également une place importante, directement liée au parcours militaire de Jean Cretin. Parmi les objets présentés figurent notamment de rares tenues nord-vietnamiennes. Le musée poursuit aujourd’hui cette chronologie en aménageant un espace consacré aux OPEX, les opérations extérieures de l’armée française, avec des témoignages des engagements au Liban, en ex-Yougoslavie ou encore en Afghanistan.

Des destins derrière les uniformes

C’est sans doute là que réside l’une des forces du Musée Lucien Roy : derrière la grande Histoire apparaissent des trajectoires beaucoup plus personnelles. Le visiteur découvre ainsi le parcours d’un parachutiste engagé à Diên Biên Phu, ou encore celui des Harkis pendant la guerre d’Algérie. Les bénévoles s’attachent à contextualiser ces sujets parfois sensibles plutôt qu’à les esquiver. La place des femmes est également mise en avant. Autrefois regroupées dans une salle spécifique, elles sont désormais présentes dans les différents espaces : infirmières en Indochine, personnels des transmissions, ambulancières de la Seconde Guerre mondiale ou femmes engagées au sein des armées. Les célèbres Rochambelles, ambulancières de la 2e DB du général Leclerc, permettent notamment de rappeler le rôle joué par des femmes qui apprennent alors à conduire, soigner mais aussi entretenir et réparer leurs véhicules.

La Seconde Guerre mondiale au plus près de la Franche-Comté

Plusieurs mises en scène rendent également les collections accessibles au grand public. La Seconde Guerre mondiale est abordée à travers l’Occupation, le régime de Vichy, la Résistance, la ligne de démarcation ou encore les persécutions antisémites. La proximité avec la Suisse trouve naturellement sa place dans le parcours. Le musée évoque notamment les militaires français et étrangers qui tentent de franchir la frontière en 1940.

D’autres objets frappent immédiatement le visiteur, comme les masques à gaz conçus pour les enfants et même les bébés. Une bibliothèque portative utilisée par un officier allemand, retrouvée des décennies plus tard dans un grenier du quartier Battant à Besançon, raconte quant à elle une histoire locale faite d’Occupation, de collaboration et de drames intimes.

La Résistance franc-comtoise n’est jamais très loin. Une reconstitution évoque notamment les lieux d’interrogatoire et de torture fréquentés par des résistants bisontins, tandis que lettres de déportés, matériels radio et conteneurs destinés au parachutage d’armes complètent cette plongée dans la période.

« Dire ce qui s’est passé »

Pour Françoise Martin, transmettre cette histoire demeure plus que jamais nécessaire. L’ancienne enseignante constate notamment l’intérêt des enfants qui franchissent les portes du musée. « Je crois qu’il ne faut pas du tout désespérer. Je pense qu’on peut arriver à transmettre », explique-t-elle. Mais cette transmission suppose, selon elle, de ne rien édulcorer : la défaite française de 1940, le nazisme ou encore les persécutions contre les Juifs doivent être expliqués tels qu’ils ont existé.

Cette volonté pédagogique conduit également le musée à faire évoluer régulièrement sa présentation, en recherchant un équilibre entre documents écrits, objets, uniformes et reconstitutions. Des groupes scolaires sont accueillis, tout comme des militaires, notamment venus du 19e régiment du génie de Besançon.

L'interview de la rédaction : Françoise Martin

Dernière modification le mercredi, 05 août 2026 18:07