Choix du secteur :
Se connecter :

Besançon : plusieurs centaines de personnes mobilisées contre l'arrêté antimendicité du Maire

Publié le 01 Jui. 2026 à 20:06
Tags: Politique | Social |
Lecture: min
Besançon : plusieurs centaines de personnes mobilisées contre l'arrêté antimendicité du Maire

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce lundi soir sur la place Pasteur, au centre-ville de Besançon, pour dénoncer l'arrêté municipal antimendicité récemment signé par le maire LR Ludovic Fagaut. À l'appel des élus de gauche du conseil municipal – écologistes, communistes, socialistes et insoumis –, les manifestants ont exprimé leur opposition à une mesure qu'ils jugent stigmatisante pour les personnes les plus précaires. Les participants ont dénoncé un texte qui cristallise les tensions politiques depuis plusieurs jours dans la capitale comtoise. Pour les opposants, l'arrêté ne vise pas seulement les comportements agressifs dénoncés par la municipalité mais s'attaque plus largement à la présence des personnes en situation de précarité dans le centre-ville.

« Un arrêté de la honte »

Présente lors du rassemblement, Séverine Véziès, élue municipale insoumise, a vivement critiqué la décision du maire. « C'est un arrêté de la honte. C'est un arrêté qui s'adresse aux personnes les plus fragiles », affirme-t-elle. Selon elle, malgré les explications fournies par la municipalité, le texte vise bel et bien les personnes qui pratiquent la manche. « Quand on regarde le texte, il est question des personnes debout, assises ou couchées qui entravent la circulation. En réalité, il s'agit bien d'un arrêté contre la mendicité. » L'élue accuse également Ludovic Fagaut de chercher à satisfaire une partie de son électorat. « Il continue à parler à son électorat en stigmatisant les pauvres et en les reléguant hors du centre-ville ».  Elle a également dénoncé les déclarations du maire évoquant la possibilité « d'exfiltrer » certaines personnes des secteurs concernés. « Il oublie qu'il est le maire de tous les Bisontins et de toutes les Bisontines". 

L'interview de la rédaction : Séverine Véziès 

« On ne traite pas la pauvreté en cachant les pauvres »

Même tonalité du côté des écologistes. Pour Anthony Poulin, les difficultés rencontrées dans certains secteurs du centre-ville sont réelles, mais les outils juridiques existent déjà pour y répondre. « Qu'il y ait des problèmes de tranquillité publique, personne ne le nie. Mais il existe déjà dans la loi l'ensemble des dispositifs permettant de traiter ces situations ». L'élu écologiste estime que l'arrêté cible avant tout une population fragile. « Cet arrêté vient stigmatiser une partie de la population qui fait la manche et qui n'est pas agressive ».  Et de poursuivre : « Les termes utilisés montrent bien que la cible, c'est ce qu'on ne veut plus voir dans la société. Or, on ne traite pas la pauvreté en cachant les pauvres Â».

Anthony Poulin plaide pour une réponse davantage axée sur l'accompagnement social. « Il faut renforcer le suivi social de ces personnes et ouvrir le dialogue avec les habitants, les commerçants et les personnes concernées. Ce n'est pas en opposant les uns aux autres que l'on trouvera une solution durable Â». Concernant les suites à donner, l'élu prévient : « Nous mènerons l'ensemble des actions nécessaires pour que cet arrêté ne s'applique pas. »

L'interview de la rédaction : Anthony Poulin 

 

arrete antimendicite 2

« Une mesure inefficace »

Pour Hasni Alem, élu communiste de l’opposition  municipale, le débat dépasse largement la seule question morale. « La vraie question, c'est de savoir si cet arrêté est efficace. Et partout où ce type de mesure a été mis en place, cela n'a jamais réglé le problème ».  Selon lui, l'arrêté ne ferait que déplacer les difficultés d'un quartier à un autre. « Cela chasse les pauvres de certains secteurs mais cela ne résout absolument rien ».  L'élu accuse même la municipalité de poursuivre une logique d'image. « L'objectif est de créer des quartiers carte postale pour l'attractivité économique et touristique ».

Hasni Alem affirme comprendre l'exaspération de certains habitants et commerçants. « Je partage leur ras-le-bol. Il existe un vrai problème. Mais la question est de savoir quelle solution on apporte. Un arrêté antimendicité ne fait que déplacer le problème ailleurs. » Pour lui, la réponse doit passer par les politiques sociales, sanitaires et de médiation. « Nous avons développé des médiateurs sociaux, une halte addiction et d'autres dispositifs. Cela ne suffit pas toujours, mais notre rôle est d'accompagner les personnes en difficulté, pas de les exclure ».  L'élu évoque également la possibilité d'un recours contre le texte. « Nous étudions les voies juridiques possibles avec des associations. Une pétition pourrait également être lancée pour demander l'abrogation de cet arrêté ».

L'interview de la rédaction : Hasni Alem 

 

ARRETE ANTIMENDICITE manif

Des recours envisagés

Les opposants rappellent que plusieurs arrêtés similaires ont déjà été contestés devant les tribunaux administratifs dans différentes villes françaises. À Besançon, la gauche municipale envisage désormais de poursuivre la mobilisation sur deux fronts : politique, lors des prochains conseils municipaux, et juridique, à travers d'éventuels recours. Pour eux, la lutte contre la précarité ne peut pas passer par des mesures d'éloignement. « La pauvreté ne disparaît pas parce qu'on la rend invisible », résumaient plusieurs manifestants en quittant la place Pasteur.

Dernière modification le lundi, 01 juin 2026 20:46