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C’est quasiment une première. A Doubs, soixante personnes, majoritairement du personnel soignant de l’EHPAD du Larmont, se sont mobilisées pour dénoncer leurs conditions de travail ce jeudi matin.  Les doléances sont nombreuses. Elles portent sur les salaires, mais ce n’est pas la seule revendication.

Le manque de personnel pour assurer un accompagnement responsable est une véritable préoccupation. Tout comme des recrutements, faute de candidats, d’intervenants sans qualification, qui impactent considérablement la qualité des soins. La dégradation est réelle. Des ASH, des infirmières, des aides-soignantes et des cadres manquent à l’appel. Dans ces conditions, la direction du Centre Hospitalier Intercommunal de Haute-Comté a été contrainte de fermer 20 lits au Larmont. A cela, il faut ajouter 5 lits supplémentaires  au Grandvallier, qui accueille des personnes en souffrance psychologique.

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Les manifestantes en appellent au gouvernement pour prendre conscience de la situation. « Il faut prendre des mesures d’urgence » explique Lydie Lefebvre, responsable CGT du Centre Hospitalier Intercommunal de Haute-Comté. La responsable syndicale est très inquiète. D’autant plus que l’avenir est loin d’être assuré. Les formations dispensées par l’IFSI de Pontarlier ont bien du mal à se remplir.  

Le reportage de la rédaction : Lydie Lefebvre, responsable CGT du Centre Hospitalier Intercommunal de Haute-Comté. 

Dans les EHPAD et hôpital de Morez, le contexte sanitaire bouscule et freine les habitudes et les moments d’échange. Passer de chambre en chambre pour accorder du temps à chacun n’est plus possible. Il a fallu trouver une autre manière de témoigner d’une attention particulière aux résidents. C’est pour cette raison que cette année, trente enfants des centres de loisirs du Centre et du Puits de Morez, encadrés par les équipes d’animateurs, ont fabriqué des décorations pour chacun. Ce sont des petits pots de fleurs en papier et des poèmes qui viendront colorer les chambres cette année. Ils devraient aussi permettre de faire germer une petite graine, avec l’idée que les enfants de la ville puissent rendre visite à leurs aînés et partager un moment, un sourire, ou quelques mots dans les prochaines années. La remise de ces pots a eu lieu ce mardi 19 juillet dans l’entrée de l’hôpital.

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, Anne-Sophie Pelletier, députée européenne et ancienne gréviste de l’EHPAD de Foucherans, est revenue à notre micro sur l’importance de sensibiliser sur cette cause, ainsi que sur les mesures à prendre pour améliorer la situation dans ces établissements.

Les années passent, la colère gronde, et pourtant, la situation semble rester la même. Dans certains EHPAD, les conditions de vie des résidents se détériorent, tout comme les conditions de travail des aides soignants. Cette situation, la députée Anne-Sophie Pelletier la connait bien. Elle-même aide médico-psychologique, l’élue européenne a fait de cette cause son grand combat politique. En 2019, elle publie un livre nommé « EHPAD : Une honte française ». Deux ans plus tard, les problématiques demeurent les mêmes. Pire, la crise sanitaire a mis en lumière d’autres problèmes dont l’opinion public peinait à s’intéresser : « La maltraitance est institutionnalisée aujourd’hui. Dans certains EHPAD, les soignants ont une cadence infernale, sont épuisés, Les choses ne changeront pas tant que ces soignants seront en sous-effectif. Il faut voir les EHPAD comme des lieux de vie, et non pas des lieux de fin de vie », nous confie l’euro-députée.

Pas assez « start-up nation »

Malgré la mise en lumière de la problématique avec l’arrivée de la crise sanitaire, les avancées se font rares, voir inexistantes. Malgré de nombreux épisodes de manifestations et de grèves, l’État ne semble pas enclin à augmenter les budgets réclamés par les professionnels du métier. Pour Anne-Sophie Pelletier, l’inflexibilité du gouvernement est révélatrice de la politique publique mise en place : « Est-ce qu’on veut une politique de vivre ensemble, ou une politique d’invisibilisation de ceux qui ne rapportent pas ? Actuellement, c’est plutôt la deuxième option, les personnes âgées ne doivent pas être assez start-up nation pour l’État ». Avec une centaine d’euro-députés, Anne-Sophie Pelletier a demandé une commission d’enquête pour savoir ce qui s’est passé dans les EHPAD, dans les centres médico-spécialisées, et pour les personnes en situation de handicap.

Des mesures nécessaires

L’euro-députée ne se contente pas de critiquer l’État, elle propose également des solutions. Face à la situation urgente, Anne-Sophie Pelletier veut d’abord réstaurer le dialogue entre familles et directeurs d’établissements : « La possibilité ou non de rendre visite à ses proches était à l’appréciation du directeur. Dans la région, de nombreuses familles se plaignent encore de ne pas pouvoir voir leur proche ». Deuxième proposition urgente à mettre en place, la remise en place de réels projets de vie individualisés : « À partir de ces projets, il faut mettre un nombre de personnel adéquat. Il faut respecter les droits fondamentaux des personnes âgées, c’est-à-dire de vivre dans la dignité ». Enfin, la députée européenne souhaite qu’on laisse les soignants aider dignement les résidents, et que ces derniers soient traités comme des êtres vivants et non comme du bétail : « Quand vos responsables vous disent de ne pas vous attacher, que ce n’est qu’un travail, non ce n’est pas possible. On ne peut pas déshumaniser comme cela ces personnes âgées. Avec tout le respect que j’ai pour les postiers, on ne vas pas jeter un colis dans une boite au lettre »