Grand Besançon Métropole : cinq projets de recherche pour mieux préserver les ressources en eau
Grand Besançon Métropole et l’Université Marie et Louis Pasteur renforcent leur coopération scientifique autour de la gestion de l’eau. Cinq projets de recherche ont été retenus pour mieux comprendre les ressources souterraines, lutter contre les polluants persistants et améliorer le traitement des eaux usées. Ces programmes, dont certains pourraient s’étendre sur une dizaine d’années, doivent permettre à la collectivité d’anticiper les conséquences du changement climatique et les enjeux sanitaires liés à la qualité de l’eau. La préservation de l’eau constitue l’un des enjeux majeurs pour Grand Besançon Métropole. Face aux épisodes de sécheresse, aux tensions sur les ressources et à l’apparition de nouvelles substances polluantes, la collectivité entend s’appuyer davantage sur la recherche scientifique pour orienter ses politiques publiques. Cette convention de partenariat stratégique a été signée en juin 2025 avec l’Université Marie et Louis Pasteur. Laurent Jeunet, vice-président de la Métropole, en charge de l’eau, nous en dit davantage.
Mieux comprendre les circulations d’eau dans les sous-sols
Le premier projet, baptisé GOOFI, vise à améliorer la connaissance des écoulements d’eau dans les milieux karstiques, particulièrement présents sur le territoire bisontin. Ces formations géologiques calcaires, traversées par des fissures et des cavités, abritent des réseaux souterrains complexes dont le fonctionnement reste parfois difficile à mesurer. Les chercheurs souhaitent utiliser des fibres optiques pour étudier la vitesse et les débits de circulation de l’eau. Ces données doivent permettre de mieux modéliser les écoulements souterrains et d’améliorer la surveillance des ressources. Une connaissance plus précise du fonctionnement du karst pourrait notamment aider les gestionnaires à anticiper les variations de disponibilité de l’eau. Ce programme est intégralement financé par l’Université.
Un télescope à muons pour explorer la source d’Arcier
Le deuxième programme, TRANSKARST, s’intéresse directement à la source d’Arcier, qui constitue une ressource stratégique pour l’alimentation en eau potable de l’agglomération bisontine. Les scientifiques prévoient d’y installer un télescope à muons, un équipement permettant d’étudier la structure interne des formations géologiques. Les muons sont des particules issues notamment des interactions entre les rayons cosmiques et l’atmosphère terrestre. Leur capacité à traverser la matière permet d'obtenir des informations sur la densité des roches, selon un principe comparable à une radiographie. L’objectif est de mieux connaître les structures karstiques qui alimentent la source d’Arcier et de progresser dans la compréhension de son fonctionnement hydrogéologique. Le projet est entièrement financé par l’université, avec l’appui technique du département Eau et Assainissement de Grand Besançon Métropole.
PFAS et perturbateurs endocriniens : rechercher de nouvelles solutions de traitement
Le troisième projet, CATAMI, porte sur l’un des défis émergents du traitement de l’eau : l’élimination des micropolluants. Les chercheurs vont notamment s’intéresser aux PFAS, ces substances chimiques persistantes, ainsi qu’aux perturbateurs endocriniens susceptibles de se retrouver dans les ressources en eau ou les rejets des stations d’épuration. L’objectif est de développer des procédés d’oxydation capables de dégrader ces molécules, tout en évitant la formation de sous-produits qui resteraient difficiles à éliminer. Le coût global du projet CATAMI est estimé à 200 000 euros. Grand Besançon Métropole apportera 160 000 euros. Les 40 000 euros restants seront financés par l’université.
Antibiorésistance : surveiller les bactéries et les champignons dans les eaux usées
Autre enjeu sanitaire, la résistance croissante de certaines bactéries aux antibiotiques et de certains champignons aux traitements antifongiques. Le projet CARMA doit permettre d’étudier la présence et le devenir de ces micro-organismes résistants dans les réseaux d’assainissement et les stations d’épuration. Les chercheurs s’intéresseront notamment aux traitements des boues, comme le chauffage ou la méthanisation, afin d’évaluer leur capacité à réduire la présence de bactéries et de champignons multirésistants. Le programme doit ainsi contribuer à améliorer les pratiques de traitement et à répondre aux exigences sanitaires et environnementales. Le coût prévisionnel de CARMA atteint 167 000 euros, dont 134 000 euros financés par le département Eau et Assainissement de Grand Besançon Métropole, sur son budget assainissement.
Explorer le karst profond de la vallée du Doubs
Le cinquième projet, PROKARST, pourrait avoir des conséquences importantes sur la stratégie d’approvisionnement en eau de l’agglomération. Il concerne les ressources karstiques profondes situées sous la vallée du Doubs, à plus de 150 mètres de profondeur. Ces réserves souterraines, dont certaines sont déjà exploitées, restent encore insuffisamment connues. Les chercheurs souhaitent notamment déterminer leur vitesse de renouvellement. Cette donnée est essentielle pour savoir si l’eau se reconstitue rapidement, lentement ou si certaines réserves correspondent à des eaux très anciennes, dont le renouvellement serait extrêmement limité. Les résultats permettront d’évaluer les possibilités d'une exploitation future plus importante, sans compromettre la durabilité de la ressource. Cette réflexion prend une dimension particulière après les tensions observées durant l’été sur les eaux de surface et certaines ressources karstiques. Le coût du programme est évalué à 320 000 euros. L’Agence de l’eau doit en financer 70 %, tandis que Grand Besançon Métropole apportera près de 30 000 euros.
Des recherches engagées sur plusieurs années
Les cinq programmes ont commencé à être mis en œuvre à l’automne 2026, avec des calendriers variables. Certains travaux devraient s’étendre sur deux ou trois ans, tandis que d’autres pourraient se poursuivre pendant une dizaine d’années. Pour Grand Besançon Métropole, ces recherches doivent fournir des données scientifiques permettant d’améliorer la gestion des ressources, la qualité de l’eau potable et le fonctionnement des équipements d’assainissement. Le président de la collectivité, Ludovic Fagaut, insiste sur la nécessité d’anticiper les difficultés plutôt que de répondre uniquement aux crises successives. Les connaissances produites par ces programmes devront ainsi contribuer à éclairer les décisions publiques et à adapter les politiques de l’eau aux évolutions environnementales.
« L’Eau d’ici » : associer les habitants à la prévention des pollutions
En parallèle de ces recherches scientifiques, Grand Besançon Métropole développe une démarche de sensibilisation intitulée « L’Eau d’ici », destinée à réduire les pollutions à la source, notamment sur le premier plateau.
L’initiative concerne les activités agricoles et industrielles, mais également les pratiques des particuliers et des collectivités. La sensibilisation des habitants constitue un véritable enjeu. La collectivité souhaite donc favoriser leur participation à la recherche de solutions concrètes pour préserver la qualité de l’eau. Une réunion publique est annoncée ce mercredi 4 novembre à 18 heures, à la salle multiculturelle de Morre. Deux ateliers participatifs sont également programmés les 20 novembre et 4 décembre à 14 heures. Ces rencontres doivent permettre aux habitants de mieux comprendre les risques de pollution et de proposer des actions adaptées aux pratiques quotidiennes.
Des exigences renforcées pour les installations d’assainissement
La collectivité entend également améliorer la conformité des raccordements aux réseaux d’assainissement. Laurent Jeunet a confirmé le renforcement des pénalités financières appliquées aux propriétaires dont les installations ne respectent pas les obligations réglementaires. Les raccordements non conformes et les arrivées d’eaux pluviales parasites peuvent perturber le fonctionnement des stations d’épuration et réduire leur efficacité.