Au lendemain de la victoire de Ludovic Fagaut à Besançon, les réactions se multiplient à gauche. Défaite difficile à encaisser, remise en question stratégique, interrogation sur l’alliance avec La France insoumise et sur le vote des quartiers populaires… Le conseiller départemental socialiste du Doubs, Raphaël Krucien, appelle à analyser les causes de cet échec et à reconstruire une gauche plus en phase avec les attentes des habitants. Il est au micro de notre rédaction.
Une réaction, tout d’abord, par rapport à ce résultat d’hier soir ?
Écoutez, c’est toujours un résultat difficile à digérer pour les représentants de la gauche et des socialistes à Besançon. Mais il faut reconnaître, de manière pleinement républicaine, la victoire de Ludovic Fagaut et lui souhaiter le meilleur mandat possible, dans le respect des valeurs qui ont toujours façonné notre ville.
S’il fallait donner quelques explications : cette fusion avec La France insoumise a-t-elle finalement compromis la victoire ?
Je pense que la défaite de la gauche est multifactorielle. Effectivement, la présence de La France insoumise, à travers un accord technique qui, à mon avis, a pu être perçu comme insincère par l’électorat, a contribué à cette défaite. En tant que président de bureau de vote lors de ce second tour, j’ai observé un regain de participation. J’ai cru qu’il y aurait une réaction face au risque de bascule. Mais cette réaction s’est finalement traduite par un vote en faveur de Ludovic Fagaut. Donc oui, je pense que cet accord technique a été, en partie, sanctionné par les électeurs.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
Il semblerait que les quartiers populaires se soient en partie désintéressés du scrutin, tout en apportant aussi leur soutien à Ludovic Fagaut ?
Oui, c’est un point qu’il faudra analyser avec attention. Je pense que les socialistes feront ce travail. Il y a aussi, sans doute, la question de la sécurité que nous n’avons peut-être pas suffisamment bien traitée ou expliquée. Avons-nous manqué de pédagogie ? C’est possible. Ce qui est certain, c’est que les quartiers populaires, qui restent trop souvent les laissés-pour-compte de la République, se sont en partie détournés du vote de gauche, malgré une légère mobilisation au second tour. Pour ma part, je ne baisse pas les bras. Je continue à m’engager, politiquement et associativement, dans ces quartiers. Il faut reconstruire. Après un tel résultat, tout est à repenser, et c’est l’occasion de repartir sur de nouvelles bases pour se reconnecter aux attentes des citoyens.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
Quand on est un élu de gauche comme vous, voir Besançon basculer à droite pour la première fois depuis 1953, c’est aussi difficile à encaisser ?
Oui, c’est difficile. Mais je rappelle aussi qu’en 2020, la gauche l’avait emporté dans le cadre d’une triangulaire, avec le maintien d’Éric Alauzet au second tour. Le rapport de force était, selon moi, assez proche de celui de 2026. Il faut aussi prendre en compte un glissement global du paysage politique français vers la droite, avec une montée en puissance de thématiques et d’un vocabulaire portés par la droite et l’extrême droite. Ludovic Fagaut s’est inscrit dans cette dynamique, et le résultat est tombé au second tour.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
Vous avez parlé de reconstruction. L’ancienne maire a évoqué une « reconquête ». Comment va s’organiser la gauche à Besançon, notamment en termes de leadership ?
C’est une question qu’il faudra impérativement se poser. Dans les prochains jours, l’ensemble des forces de gauche devra tirer les conclusions de ce scrutin et s’organiser pour la suite. Il y a des questions de fond : quels sujets avons-nous mal traités ? Où sommes-nous passés à côté ? Comment faire mieux ? Et il y a aussi la question de l’incarnation, du leadership, de l’ADN de la gauche. C’est un débat nécessaire, mais il est encore un peu prématuré pour entrer dans le détail. Cette question sera traitée, c’est certain.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
Vous côtoyez Ludovic Fagaut au conseil départemental du Doubs. Quel regard portez-vous sur lui ?
Je reconnais qu’il est très fort en communication. C’est clairement l’une de ses grandes qualités, et il a mené une campagne très efficace. En revanche, sur le fond, je regrette qu’il n’ait pas apporté suffisamment de réponses, que ce soit au département ou durant la campagne municipale. Je constate aussi certaines contradictions entre ses positions à la mairie et ses actes au conseil départemental du Doubs. Avec mes collègues conseillers départementaux du territoire bisontin, nous avons pris nos responsabilités en dressant un bilan de son action au département. Cela n’a manifestement pas suffi. Mais nous resterons vigilants et proactifs pour observer la cohérence entre ce qu’il fera au département, à la ville de Besançon et au niveau de l’agglomération.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
À l’occasion du débat d’orientations budgétaires, Raphaël Krucien, élu de la minorité départementale, a dressé un constat sévère de la situation financière des départements, dénonçant une « asphyxie » budgétaire devenue structurelle. Privés de véritables leviers fiscaux, dépendants de recettes incertaines et confrontés à des dépenses sociales croissantes, les départements seraient selon lui « dans une impasse durable ». « Le modèle de financement n’est plus viable », insiste l’élu, rappelant que l’effet ciseau entre recettes et charges sociales atteint près de 6 milliards d’euros en deux ans au niveau national.
Deux visions politiques qui s’opposent
Raphaël Krucien décrit une fracture nette entre les réponses envisagées par les différentes forces politiques : « À droite, une volonté de réduire les dépenses, quitte à rogner sur certaines prestations sociales. À gauche, un appel à agir d’abord sur les recettes, notamment via une réforme des droits de succession et une fiscalité plus juste ». « La solidarité n’est pas une dépense, c’est un investissement sur l’avenir », martèle M. Krucien, qui rappelle que les allocations sociales doivent être compensées à l’euro près par l’État et que le Département a besoin d’une vraie autonomie fiscale.
Le reportage de la rédaction : Raphaël Krucien
Soutiens économiques : “un saupoudrage aléatoire”
L’élu regrette le manque d’évaluation et de stratégie dans les aides au développement économique attribuées localement. Selon lui, le Département ne peut plus « distribuer des fonds sans savoir précisément à quoi ils servent » et doit recentrer ses moyens sur ses compétences obligatoires, dans un contexte de tensions budgétaires.
Le reportage de la rédaction : Raphaël Krucien
Une proposition : conditionner les aides publiques
Pour sortir du schéma actuel, l’élu propose d’intégrer des critères environnementaux, sociaux et financiers dans le versement des aides aux communes et intercommunalités. Objectif : différencier les territoires selon leurs besoins réels, accompagner la transition écologique et soutenir en priorité les collectivités les plus fragiles. « Nous ne pouvons plus aider pour aider. Nous devons aider pour transformer », résume-t-il.
La Saline : transparence contestée sur un projet majeur
Point sensible de l’intervention : la Saline royale et la société Musicampus, soutenues massivement par le Département. Les chiffres évoqués sont les suivants : Plus de 1,5 million d’euros en 2025, soit plus d’un quart du budget culturel départemental, dans un contexte où les crédits culturels diminuent. Raphaël Krucien dénonce l’absence de débat réel sur la question et l’opacité concernant certains documents administratifs. Face au refus de communication, il annonce la saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA). « Notre rôle n’est pas de dénigrer, mais de contrôler la bonne utilisation de l’argent public », affirme-t-il.
Le reportage de la rédaction : Raphaël Krucien
Ce lundi matin, en séance plénière départementale, Raphaël Krucien, le chef de file du Groupe d’opposition « Doubs social, écologique et solidaire » au Conseil Départemental du Doubs, est revenu sur le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC), portant sur la gestion de l’Établissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) de la Saline Royale d’Arc-et-Senans. « Si la qualité du site patrimonial et de ses activités culturelles est unanimement reconnue, c’est bien la question du projet MusiCampus et de son imbrication juridique et financière qui cristallise les inquiétudes ». Le refus de la Présidente Christine Bouquin d’engager un débat en assemblée a été contesté par son opposition. Rappelons que Musicampus est une société créée pour porter la Saline royale Academy, un projet de formation musicale de haut niveau basé à Arc-et-Senans.
L'interview de la rédaction :Raphaël Krucien
Un rapport sévère sur la gouvernance
Le rapport, qui a suscité des réactions, examine la situation de l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) qui gère la Saline royale d’Arc-et-Senans. Dans le document de la Cour des Comptes, il est pointé « des irrégularités et risques juridiques et financiers liés à la structuration du projet MusiCampus, porté en parallèle par une société anonyme ». L’élu Raphaël Krucien a souligné la gravité des constats, qualifiés d’« accablants » et « inquiétants pour l’avenir de la Saline ».
Des documents réclamés mais absents
Pour compléter sa colère, le groupe d’opposition rappelle qu’il avait sollicité, dès 2023, la communication de pièces essentielles pour comprendre le projet : « études de conception de la salle multimodale et des masterclass, marchés publics de 2021 et leurs avenants, étude de faisabilité hôtelière, ainsi que l’évaluation économique des retombées touristiques » et qu’il ne les a pas reçus. « Nous ne les avons jamais eus », a regretté M. Krucien, dénonçant un manque de transparence.
Un soutien affiché à la Saline, mais pas à MusiCampus
Tout en réaffirmant son attachement à la Saline et à son rayonnement culturel et touristique, l’élu critique tient à distinguer ce patrimoine de prestige du projet MusiCampus. « Nous ne sommes pas des anti-Saline », a-t-il insisté, saluant les succès d’exposition et la fréquentation croissante. En revanche, la construction juridique et financière de MusiCampus est jugée trop fragile, reposant en grande partie sur le budget de fonctionnement de l’EPCC et sur les subventions départementales.
Une présidence sur la défensive
Face aux critiques, Christine Bouquin, la présidente de l’Assemblée, a maintenu sa ligne : pas de débat approfondi en séance plénière, mais un renvoi au conseil d’administration de l’EPCC. Elle a récusé plusieurs arguments de l’opposition et refusé d’ouvrir la discussion sur les documents réclamés.
La vie politique française est très mouvementée depuis la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, après les résultats des élections européennes, dimanche soir. Les 12 élus d’opposition de gauche au Conseil Départemental du Doubs, « Doubs Social Ecologique et Solidaire » se réjouissent « de la signature rapide d’un accord entre toutes les formations de gauche et écologistes, sous la bannière Front Populaire, pour préparer les législatives et s’opposer au Rassemblement National. Néanmoins, comment des femmes et des hommes, qui se sont divisés et critiqués lorsqu’ils étaient réunis au sein de la NUPES, peuvent réellement travailler ensemble ? D’autant plus qu’une division nette est apparue, durant les Européennes, entre Place Publique et Raphaël Glucksmann et la France Insoumise.
L'interview de la rédaction : Raphaël Krucien
Raphaël Krucien, un des deux co-présidents du groupe départementa est confiant sur la sagesse des différentes composantes de gauche pour travailler ensemble. Selon lui, cette orientation est la seule capable de s’inscrire « dans une alternative à Emmanuel Macron » et de construire « une opposition aux politiques de droite et d’extrême droite », que son groupe doubiste combat.