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Sécheresse, fortes chaleurs, attaques de scolytes : les forêts du Doubs subissent des pressions qui inquiètent les élus des communes forestières. Claude Courvoisier, maire de Villers-sous-Chalamont, président de l’association des communes forestières du Doubs et de la communauté de communes Altitude 800, appelle à accélérer leur adaptation. Avec des conséquences écologiques, paysagères et financières pour le territoire.

Une forêt fragilisée, des jeunes plantations aux arbres adultes

Dans les paysages du massif du Jura, les résineux qui rougissent témoignent du dépérissement de certains peuplements. Mais, selon Claude Courvoisier, les difficultés dépassent les seules attaques de scolytes sur les épicéas. Le manque d’eau, les températures élevées et les vents desséchants fragilisent l’ensemble de la forêt, feuillus comme résineux. Les jeunes plantations sont particulièrement exposées. L’élu décrit des pertes pouvant atteindre la quasi-totalité des plants mis en terre au printemps ou à l’automne précédent. Il évoque également, dans certaines plantations âgées de trois ans, des mortalités de l’ordre de 50 à 60 %. Des constats qu’il juge « colossaux » lorsque les surfaces concernées s’additionnent. Les arbres adultes ne sont pas épargnés. Claude Courvoisier distingue ceux qui succombent directement au manque d’eau de ceux qui, affaiblis, deviennent plus vulnérables aux insectes. Il décrit notamment des sapins ayant brutalement rougi, dont les aiguilles restent attachées aux branches.

L'interview de la rédaction : Claude Courvoisier 

Des communes réunies pour défendre leurs intérêts

Face à ces difficultés, l’association des communes forestières du Doubs entend porter une voix collective. Elle rassemble des maires, des adjoints et des conseillers municipaux chargés des forêts communales. Selon son président, environ 70 % des communes propriétaires de forêts dans le département y adhèrent.  L’association intervient notamment dans les échanges avec l’Office national des forêts et dans les discussions autour du contrat liant l’État, l’ONF et les communes forestières. Elle accompagne aussi la réflexion sur la commercialisation des bois, dans un contexte d’afflux d’arbres dépérissants sur le marché. Pour Claude Courvoisier, cette organisation doit permettre aux petites communes d’être aussi bien prises en compte que les plus importantes. Un enjeu de solidarité entre collectivités confrontées à des difficultés communes, mais disposant de moyens différents.

L'interview de la rédaction : Claude Courvoisier 

Diversifier les essences pour préparer la forêt de demain

« Cette fois-ci, il faut passer à la phase d’action », insiste le président des communes forestières du Doubs. Il rappelle que des plantations différentes ont été engagées dès les années 2000, après la tempête, et que leurs premiers résultats apportent aujourd’hui des enseignements. Mais le temps forestier se heurte à la rapidité des bouleversements observés. L’élu évoque plusieurs décennies pour produire un arbre à croissance rapide, et plus d’un siècle pour un chêne. Des délais qui rendent, à ses yeux, indispensable l’utilisation des connaissances déjà acquises. La stratégie qu’il défend repose notamment sur le mélange des essences : associer feuillus et résineux, mais aussi différents résineux, afin de répartir les risques et d’augmenter les chances de réussite des reboisements. Cette diversification doit également, selon lui, prendre en compte le risque d’incendie, avec des essences présentant des comportements différents face au feu.

Des paysages appelés à changer

Si la dégradation des conditions forestières était anticipée, sa vitesse surprend Claude Courvoisier. « On pensait honnêtement, en tant que forestier, encore avoir du temps », confie-t-il. Il redoute désormais que ce temps manque. L’élu prévient que certaines parcelles ne pourront pas être reboisées, notamment sur des terrains très pauvres où le calcaire affleure et où le manque d’eau compromet la survie des arbres. « Il faut avoir conscience que nos paysages vont changer », souligne-t-il. Pour cet élu attaché à son territoire, voir disparaître certains peuplements constitue une épreuve qu’il qualifie de « choquante », voire de « traumatisante ».

Une pression supplémentaire sur les finances communales

À la crise forestière s’ajoutent des conséquences économiques. Les bois attaqués se vendent moins cher que les bois sains, rappelle Claude Courvoisier. Leur récolte anticipée prive également les communes d’une partie de leur production future. Dans le même temps, les collectivités doivent financer la reconstitution des peuplements sur les parcelles qui peuvent encore accueillir une forêt. Elles font ainsi face à une baisse de la valeur des bois, à des recettes futures compromises et à de nouvelles dépenses. L’enjeu concerne aussi l’approvisionnement des scieries et les besoins en bois pour la construction et la rénovation. Malgré la gravité de la situation, Claude Courvoisier affirme sa volonté d’agir : « On n’a pas d’autre choix que de trouver des solutions. »

L'interview de la rédaction : Claude Courvoisier