Dans le Doubs, les violences faites aux femmes restent une préoccupation majeure. Si le nombre de plaintes demeure relativement stable, certaines associations constatent une augmentation des situations suivies. À l'occasion des actions de sensibilisation organisées en novembre, dans le cadre de la journée internationale pour la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre, la préfecture mise notamment sur un procès fictif consacré à la prostitution des mineurs et sur une campagne d'information diffusée dans les boulangeries. Mélanie Geoffroy, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité, nous présente ces initiatives.
Des violences qui ne reculent pas
Dans le Doubs, les chiffres des violences faites aux femmes ne montrent pas de diminution significative. Selon Mélanie Geoffroy, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité à la préfecture, le nombre de plaintes enregistrées par les services de police et de gendarmerie reste relativement stable d'une année sur l'autre. Un constat également dressé par les associations qui accompagnent les victimes. Certaines observent même une augmentation du nombre de situations prises en charge. Une évolution qui rappelle l'importance du travail de repérage, d'écoute et d'accompagnement des femmes confrontées aux violences.
Un procès fictif pour sensibiliser les jeunes à la prostitution des mineurs
Parmi les initiatives programmées le 26 novembre figure une action de sensibilisation destinée aux élèves des établissements scolaires. Une compagnie de théâtre proposera la reconstitution d'un procès mettant en scène un proxénète ayant prostitué sa petite amie mineure. L'objectif est d'alerter les adolescents sur les différentes formes que peut prendre l'exploitation sexuelle, notamment lorsqu'elle s'inscrit dans une relation amoureuse. Mélanie Geoffroy évoque particulièrement le phénomène des « lover boys », ces jeunes hommes qui utilisent une relation sentimentale pour entraîner leur partenaire dans la prostitution.
La représentante de l'État souhaite également déconstruire certaines idées reçues. La prostitution ne se limite pas à sa forme visible dans l'espace public. Elle peut aussi concerner des actes sexuels réalisés en échange de cadeaux ou de biens matériels. « Ça peut être des actes sexuels contre des objets, des produits de luxe ou des téléphones », souligne-t-elle. À travers cette mise en scène judiciaire, les organisateurs entendent permettre aux jeunes de mieux identifier les mécanismes d'emprise et les situations d'exploitation sexuelle qui peuvent se dissimuler derrière une relation affective.
L'interview de la rédaction : Mélanie Geoffroy, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité
Des sachets de pain pour informer les victimes
Autre initiative : utiliser les sachets distribués dans les boulangeries comme supports de prévention. Ces emballages comportent plusieurs informations pratiques, notamment le numéro national d'écoute 3919, le 115, ainsi que les coordonnées des associations spécialisées et celles de la Maison des Femmes Santé Égalité. Ils présenteront également le « violentomètre », un outil permettant de repérer les comportements violents dans une relation et d'aider les victimes à prendre conscience de leur situation. L'objectif est de diffuser ces informations au-delà des structures d'accompagnement traditionnelles. « Ça permet à une victime peut-être de regarder ce sachet en disant : tiens, à travers le violentomètre, où je me situe en termes de violence ? Est-ce que je vis des violences et qui je peux contacter ? », explique Mélanie Geoffroy. Cette campagne entend ainsi toucher des femmes qui n'ont jamais sollicité d'association ou qui ne se reconnaissent pas nécessairement comme victimes.
L'interview de la rédaction : Mélanie Geoffroy, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité
Une attention particulière portée aux territoires ruraux
Le réseau des boulangeries doit également permettre de renforcer la diffusion des messages de prévention dans les communes rurales du Doubs. Une démarche qui répond à une préoccupation particulière des services de l'État. Mélanie Geoffroy rappelle que plusieurs féminicides survenus ces dernières années ont concerné des femmes qui n'avaient jamais été en contact avec les organismes susceptibles de leur venir en aide. « L'idée, c'était aussi d'aller au plus près du territoire », précise-t-elle. En utilisant un objet du quotidien, les acteurs de la prévention espèrent rendre les dispositifs d'aide plus visibles et faciliter l'identification des violences, y compris dans les secteurs éloignés des structures spécialisées.