Fodé Ndao
L’attentat raciste de Trappes suscite une vive émotion, bien au-delà des Yvelines. À Besançon, Fodé Ndao, directeur du club Sauvegarde, implanté depuis 2003 dans le quartier de Planoise, appelle à une mobilisation collective contre le racisme, la violence et les discours de haine. Ancien vice-champion du monde et champion d’Afrique de karaté, cet acteur engagé de l’insertion sociale par le sport défend une conviction : l’éducation, le dialogue et les valeurs sportives constituent des leviers essentiels pour reconstruire le vivre-ensemble.
L'interview de la rédaction : Fodé Ndao
« La violence ne règle rien, la division ne règle rien »
L'émotion est forte chez Fodé Ndao. Face à l'attentat raciste de Trappes, le directeur du club Sauvegarde de Besançon exprime sa tristesse, mais refuse de céder au fatalisme. Pour cet ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui investi dans l'accompagnement des jeunes du quartier de Planoise, la réponse à la haine doit passer par la mobilisation de toute la société. « La violence ne règle rien. La division ne règle rien », insiste-t-il. Un message qu'il porte quotidiennement à travers les activités de son association, créée en 2003 et devenue un acteur reconnu de l'insertion sociale par le sport.
Interrogé sur les difficultés du vivre-ensemble à Planoise, Fodé Ndao ne nie pas les tensions. Il préfère néanmoins mettre en avant les possibilités de rapprochement entre les habitants. « C'est toujours compliqué, mais on a de l'espérance », explique-t-il, convaincu que chacun peut contribuer à faire évoluer la situation. Son ambition est de promouvoir une société dans laquelle les différences ne seraient plus des motifs de rejet ou d'affrontement, mais des occasions de dialogue. « On peut vivre côte à côte », affirme-t-il.
Le sport comme vecteur de paix et de fraternité
Pour Fodé Ndao, le sport occupe une place centrale dans cette démarche. Son expérience de champion international de karaté a profondément façonné sa vision des relations humaines. Il se souvient notamment des grandes compétitions internationales et de la vie au village olympique, où des sportifs de nationalités, de cultures et d'origines différentes partagent un même espace. Dans ces moments, raconte-t-il, les différences s'effacent derrière les valeurs communes et le respect mutuel. « Le sport est un vecteur de paix », souligne-t-il.
Cette philosophie anime le club Sauvegarde, labellisé « Club Élite » par la Fédération française de karaté. Mais au-delà de la recherche de performances et de médailles, l'association entend jouer un rôle éducatif et citoyen. Le sport devient alors un moyen d'apprendre à respecter l'adversaire, à accepter les différences, à maîtriser ses émotions et à privilégier le dialogue plutôt que l'affrontement. Pour l’éducateur bisontin, même celui qui s'oppose à nous peut contribuer à notre progression. L'adversaire ne doit pas nécessairement être considéré comme un ennemi, mais comme une personne avec laquelle il reste possible de construire une relation fondée sur le respect.
À Planoise, une action sociale et citoyenne engagée depuis 2003
Depuis plus de vingt ans, le club Sauvegarde développe à Planoise une démarche qui dépasse largement la pratique du karaté. L'association cherche à créer des passerelles entre les habitants, les jeunes, les familles, les institutions et les responsables politiques. Son directeur défend notamment l'importance de réunir des personnes qui ne partagent pas les mêmes convictions.
Il évoque ainsi les initiatives de dialogue inspirées de l'arbre à palabres africain, où chacun peut s'exprimer, confronter ses idées et rechercher des solutions collectives. Pour lui, le désaccord ne doit jamais justifier la rupture des relations humaines. Cette démarche se retrouve également dans un dispositif développé par l'association, baptisé « La Clé », autour de quatre notions : citoyenneté, lien, engagement et sport. L'objectif est de transmettre aux jeunes des repères qui leur permettent de prendre leur place dans la société, de comprendre leurs responsabilités et de devenir des acteurs du vivre-ensemble.
Discours de haine, violences verbales et désinformation : une responsabilité collective
Comment une société peut-elle en arriver à des actes d'une telle violence ? À cette question, Fodé Ndao évoque la multiplication des discours de haine, les mécanismes de manipulation et les divisions qui traversent la société. Mais il insiste surtout sur la responsabilité collective. Responsables politiques, institutions, établissements scolaires, associations, familles et citoyens doivent, selon lui, participer à la prévention de la violence. Il attire également l'attention sur la violence verbale, trop souvent banalisée dans les échanges publics et les confrontations politiques. La violence ne se limite pas, rappelle-t-il, aux agressions physiques. Elle peut aussi se manifester dans les mots, les attitudes et le langage corporel. Fodé Ndao regrette notamment que certaines mobilisations, parfois porteuses de revendications légitimes, soient éclipsées par les violences qui peuvent les accompagner. Une situation qui détourne, selon lui, l'attention des questions de fond.
L'interview de la rédaction : Fodé Ndao
« L'éducation est au cœur de tout »
Face à ces dérives, le directeur du club Sauvegarde place l'éducation au premier rang des réponses à apporter. « L'éducation est au cœur de tout », martèle-t-il. Mais cette mission ne peut pas reposer uniquement sur les parents. Fodé Ndao rappelle que certaines familles sont elles-mêmes confrontées à la précarité, aux difficultés sociales ou à des parcours marqués par les violences intrafamiliales. Il appelle donc à dépasser les accusations réciproques pour construire une responsabilité partagée. « Il faut tout un village pour éduquer un enfant », rappelle-t-il, reprenant un proverbe africain qui résume sa philosophie. L'école, les associations, les éducateurs sportifs, les institutions et les familles doivent ainsi travailler ensemble pour transmettre les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Pour Fodé Ndao, la lutte contre le racisme ne peut être dissociée de la recherche de justice sociale et de l'accompagnement des populations les plus fragiles.
À Planoise, davantage d'incompréhension que de peur
Au contact quotidien des habitants de Planoise, Fodé Ndao dit percevoir moins de peur que de frustration, d'interrogations et d'incompréhension. Il observe notamment les difficultés rencontrées par certains jeunes pour se repérer dans un environnement saturé d'informations, de prises de position et de contenus diffusés sur les réseaux sociaux. La désinformation constitue, à ses yeux, un obstacle supplémentaire à la compréhension des événements et à l'apaisement des relations sociales. D'où l'importance qu'il accorde à l'éducation aux médias et au développement de l'esprit critique. Mais il tient aussi à rappeler une réalité du quartier, trop souvent réduit à ses difficultés : ses habitants aspirent avant tout à une existence paisible. « Les gens ont envie de vivre en paix », témoigne-t-il. Ils souhaitent pouvoir travailler, se nourrir, aller à l'école et construire leur avenir dans un environnement serein.
L'interview de la rédaction : Fodé Ndao
Une mobilisation pour la paix et contre toutes les formes de rejet
Au terme de cet entretien, Fodé Ndao réaffirme sa volonté de poursuivre son engagement à travers le club Sauvegarde et les initiatives citoyennes développées à Planoise. Il évoque notamment la Caravane de la paix sociale, dans le prolongement des actions destinées à promouvoir la non-violence et le rapprochement entre les habitants. Son message se veut rassembleur. Face au racisme et à la montée des tensions, il appelle à ne pas répondre à la haine par la haine, mais à multiplier les espaces de dialogue et les initiatives éducatives.
L'interview de la rédaction : Fodé Ndao
Pour cet ancien champion de karaté, la véritable victoire ne se mesure pas seulement au nombre de médailles remportées. Elle réside aussi dans la capacité à faire vivre ensemble des personnes différentes, à transmettre des valeurs de respect et à convaincre les nouvelles générations que la violence n'est jamais une fatalité.