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André Mathey est en grève de la faim depuis le 5 avril. Cet artisan sellier du Doubs, installé à Rouhe, près de Quingey, vit avec 583 euros par mois et n'arrive pas à obtenir d'aides sociales. Il tente d’alerter sur sa situation financière en interpellant les élus et les administrations par son geste fort. Andrey Mathey souhaite faire valoir ses droits sociaux et les aides Covid pour sauver mon entreprise née en 2011. Depuis le début de sa grève de la faim, André Mathey a perdu 13 kilos et son état de santé commence à se dégrader sérieusement. Il indique ne pas vouloir abandonner avant d’avoir obtenu des réponses.

 

« Je souhaite obtenir le rétablissement de mes droits sociaux alors que beaucoup d'entreprises et de commerçants se sont gavés. Le but pour moi étant d'avoir le plus d'aides possibles, tout comme les autres commerces et entreprises pour pouvoir continuer mon activité. Je ne vois pas pourquoi les autres y auraient droit et pas moi » souligne l’artisan. A la tête d’une entreprise de sellerie auto-moto qui connaît quelques difficultés depuis la crise Covid, (moins de devis, des matières premières qui augmentent), André Mathey se trouve dans une situation critique. Il se nourrit désormais uniquement de bouillon le soir, et se soumet à un régime alimentaire « liquide ». Sous les conseils de Stéphane Ravacley, qui lui a apporté son soutien, et qui l’a « coaché » afin de ne pas mettre sa santé en péril, André Mathey indique que la limite n’est pas loin d’être « franchie ». « J’ai supprimé les sucres la journée, et à un moment donné le corps en a besoin, et commence à puiser ailleurs. C’est-à-dire les graisses. Et quand il n’y en a plus, c'est au tour des protéines, les muscles, donc le cœur. Mais de toute façon je ne lâcherai rien, j’irai jusqu’au bout, je ne peux pas arrêter maintenant. Je n’ai rien eu » déplore l’artisan. Et rien n’évolue pour l’heure, la situation stagne. « Je devais passer en commission sociale de l'Urssaf qui a été repoussée de multiples fois jusqu'au 15 mai. L'Urssaf ayant été prévenu de ma grève de la faim, elle a décidé de ne pas attendre le résultat de cette commission et de m'octroyer 2000 € d'aides, mais pour l'instant je n'ai touché que 500 € car ils semblent bloqués par des textes administratifs ».

 

Pour tout comprendre sur la situation d’André, il nous a raconté son histoire :

« J'ai changé de statut, en passant d'auto-entreprise en micro Bic réel simplifié, qui a été refusé par l'Urssaf, pour dossier hors délai, alors qu'il a été remis courant décembre 2019. Il y a eu un arrêt du paiement des charges auto-entreprise. Je suis en attente de passage en commission Urssaf. Pendant l’année 2020, je pouvais payer le loyer du local de Quingey en ayant encore un bail commercial de 2 ans, celui de Chouzelot, donc les charges des deux locaux, plus celles de l'appartement où je réside, chez des amis et je descends à 7.500 euros de découvert. Je double le chiffre d'affaires à un peu plus de 49.000 euros et je réalise un bénéfice net d'un peu plus de 9.000 euros. Je touche alors une prime à l'emploi, une partie du RSA et ayant de petits revenus, des APL. Mes droits ont été supprimés et je ne touche plus que 84 euros de prime à l'emploi depuis le Covid.

Dans l’année 2020, je réside chez des amis, seulement je dois partir. J'essaie d'acheter une maison pour m'y installer ainsi que mon atelier, mais mon prêt est refusé juste après le reconfinement de la population. Les problèmes de délais, d'horaires de confinement ont fait chuter le chiffre d'affaires, et j'ai de plus en plus de mal à équilibrer mon budget.

 J'ai eu ensuite un abaissement des droits sociaux et je ne touche plus que 28 euros de prime à l'emploi. Fin 2020, je dois trouver une location, pour sortir des baux commerciaux étant en bail précaire jusqu'en fin d'année 2020. En 2021, il y a eu une augmentation des matières premières, du carburant et des produits de première nécessité. Je tire la sonnette d'alarme concernant ma situation. Je contacte le département, la région, la préfecture, qui me disent de saisir la commission sociale de l’Urssaf, je fais un courriel à l'Élysée. Je ne peux alors toucher aucune aide covid car il y a toujours un point qui ne colle pas. Aucune réponse du cabinet.

Début 2022, le bilan est de 7.095 euros de bénéfice net imposable soit 585 euros de rémunération par mois durant 2021. Mon dossier en commission Urssaf normalement traité mi-février est repoussé au 15 mai, mais toujours pas de soutien du cabinet. Sur le formulaire en ligne du centre des impôts, lorsque je rentre le code postal 25440, un message s'affiche disant que le département n'est pas concerné et me renvoie une nouvelle fois vers toutes les administrations déjà contactées ». 

 

André Mathey : 

 

 

A Besançon, Florence et Ahmed se sont mariés en janvier 2020. Ils vivent ensemble depuis bientôt 5 ans, et un CDI attend Ahmed depuis 2 ans dans une entreprise du BTP à Pontarlier. Mais en juin dernier, cet homme entré irrégulièrement en France, a reçu une OQTF, une obligation de quitter le territoire français. Depuis, le couple cherche en vain à obtenir un rendez-vous avec la préfecture ou la mairie de Besançon. Pour l’heure, aucune réponse ne leur est donnée. Le 20 septembre, ils ont entamé ensemble une grève de la faim.

 

« Je ne demande pas grand-chose. Tout ce que je veux, c’est travailler » déplore Ahmed

 

Ahmed et Florence sont ensemble depuis 5 ans, et mariés en France depuis 2 ans. Depuis son arrivée en France, la situation de Ahmed est irrégulière, et il doit quitter le territoire. Et malgré de nombreux recours qu’il mène, accompagné de sa femme, il est toujours menacé d'expulsion. En janvier dernier, la demande de régularisation d'Ahmed a été refusée à la préfecture. Ensuite, un appel au tribunal administratif s’est soldé de la même manière. « On a interpellé certains élus, qui nous ont soutenus et que je remercie. Mais ça n’a pas fait bouger suffisamment les choses, pour interpeller les vraies personnes décisionnaires dans cette affaire » regrette Florence, métrologue dans une société automobile à Boussières. Ahmed a même obtenu une promesse d'embauche dans l’entreprise de BTP De Giorgio Constructions, à Pontarlier, mais il ne peut pas signer son contrat sans l'obtention de ce titre de séjour. 

 

Une grève de la faim en ultime recours

 

"Je ne demande pas grand-chose, tout ce que je veux c'est travailler pour pouvoir payer le loyer avec ma femme. C'est elle qui paye tout, je ne peux rien faire. Ce n'est pas une vie", déplore Ahmed. Avec son épouse, Florence, ils ont décidé d’effectuer une grève de la faim depuis le 20 septembre. Dans un ultime espoir de voir les choses évoluer. « On voudrait juste s’entretenir avec le préfet, pour pouvoir exposer nos points de vue, nos projets. Avoir ce rendez-vous, pour parler de la situation d’Ahmed, afin qu’il puisse travailler, c’est tout ce qu’on demande. Qu’il puisse travailler, et vivre comme tout le monde » souligne Florence. « Sa vie est ici, en France, avec moi. C'est difficile à vivre pour lui comme pour moi. Il craint le contrôle de police à tout moment. Moi aussi, j'ai peur qu'un jour les forces de l'ordre débarquent chez moi et qu'ils viennent le chercher » poursuit son épouse. « C’est très dur, très compliqué, mais on n’a pas le choix » reprend son époux. « Si ma femme fait une grève de la faim, alors je fais aussi la grève de la faim. On vit ensemble et on meurt ensemble » confie Ahmed. 

 

Florence et Ahmed :