Le Docteur Gilles Blasco, médecin coordonnateur des risques associés aux soins au CHU de Besançon, a accepté de prendre quelques minutes de son emploi du temps fort chargé pour répondre à nos questions.
Quelle est la situation à l’hôpital de Besançon pour l’accueil des personnes touchées par l’épidémie ? Doit-on s’inquiéter ?
Je crois que le sentiment d’inquiétude tout le monde là. La situation est inquiétante, mais nous mettons tous les moyens en jeu pour essayer de prendre au mieux en charge les patients qui nous arrivent. Au CHU, vis-à-vis de cette épidémie, on s’est organisé depuis quelques temps. On s’est mis en préalerte et en ordre de marche. L’organisation monte crescendo et au fur et à mesure de l’évolution de cette épidémie. Ainsi, plusieurs zones ont été créées à l’intérieur de l’hôpital, avec le souci d’accueillir les patients atteints par le virus et les autres malades. La vie continue et l’hôpital doit absolument continuer à assurer ses missions. Cela c fonctionne plutôt bien.
Face au nombre croissant de patients, le CHU sera-t-il contraint de faire « un tri » entre les malades ?
Non. Chaque dossier sera étudié. Les réanimateurs évalueront chaque situation, comme ils le font d’habitude. Nous aussi, au CHU, nous nous sommes réunis en commission d’éthique. Les principes ont été répétés. Tout le monde est dans le respect de la volonté du patient et de la nécessité de le prendre en charge. Néanmoins, la réanimation implique des soins extrêmement lourds et complexes. Comme toute technique, il y a des indications et des contre-indications, même dans le quotidien, hors covid. Concernant les lits en réanimation, on est toujours à la limite entre le principe de prendre en charge un malade et lui donner toutes ses chances et un autre principe déontologique, de ne pas s’acharner et de ne pas faire, comme le dit la loi Léonetti, "d’obstination déraisonnable". Ces décisions sont prises de façon collégiale. Mes collègues réanimateurs sont toujours dans le même objectif, c’est-à-dire d’étudier un dossier, prendre en charge le patient, faire au mieux pour lui et respecter sa volonté ou celle de la personne de confiance et respecter cette idée de ne pas s’acharner non plus.
Faut-il s’attendre encore à de nombreux cas à Besançon ?
Heureusement, le covid fait entre 80 et 85% de guérison. Sur les autres 15% des cas, pour lesquels cela va s’aggraver, où une hospitalisation sera nécessaire, entre 2% et 3% malheureusement décèderont. Alors, pour répondre à votre question, tout dépendra du nombre de personnes contaminées. Actuellement, alors que nous sommes en phase 3, le virus circule librement. « Combien de gens ont un covid actuellement sur Besançon ? ». Je ne peux vous répondre. En prenant en compte cette incertitude, il est effectivement possible que la mortalité évolue encore. Par ailleurs, on sait que les effets du confinement ne vont s’observer qu’après 18 jours en moyenne.
Quand est prévu le pic épidémique ?
Normalement, sur les simulations pour la Bourgogne Franche-Comté, le pic serait prévu sur la première semaine d’avril.
Y-a-t-il vraiment un médicament qui peut sauver des vies ?
On aimerait tant. Mr Raoult est extrêmement compétent, brillant. Personne ne le nie. Son idée est peut-être excellente. Il faut quand même le démontrer. Soyons patients. Il y a des essais en cours. Nous aurons la réponse probablement plutôt qu’on ne le pense. Il y a des patients qui sont placés en essai thérapeutique sous ce traitement par chloroquine, plus ou moins associé à un antibiotique. Attendons les résultats Je vous assure que nous les aurons d’ici quinze jours, voire trois semaines. Peut-être même avant. Néanmoins, de là à généraliser la chloroquine a 80% des gens qui vont bien, il y a une autre marche. Ce médicament a une certaine toxicité, notamment cardiaque.
Est-ce que la réduction du nombre de lits dans les hôpitaux et des moyens humains ne compliquent pas la situation ?
Non. Nous vivons vraiment une situation sanitaire exceptionnelle. Les organisations qui sont actuellement mises en place sont déclinées dans des plans qui sont connus et réactualisés. Personne ne pouvait prévoir quelque chose de cette envergure. Il est difficile de mettre en avant cette question liée au personnel qui manque ou autre. C’est un peu facile. Franchement, tous les soignants sont formidables sur le CHU. Certains reviennent sur leurs congés. D’autres, à la retraite, viennent aussi. J’admire tous ces soignants qui s’occupent des malades au CHU. Peut-être que cela servira d’expérience. Peut-être que nos autorités diront qu’elles ont eu tort ou autre. On verra. Je ne voudrais pas rentrer dans cette polémique. Je préfère que l’on marche tous dans la même direction. Il faut soigner les malades. Il faut que l’on s’en occupe. Oublions nos polémiques. Fonçons. Faisons ce qu’il y a à faire. Bien sûr, il y a la problématique des masques par exemple, mais nous verrons cela après. Actuellement, il faut donner l’exemple de tous dans le même sens. Nous sommes là pour les gens. Il n’y a aucun doute là-dessus. Le temps des questions viendra après. Il va falloir tenir. Ca va être long. La charge en soin est énorme. C’est un effort de guerre.































