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Besançon : Des enseignants chercheurs prennent leur distance avec le gouvernement

En raison de la mise en place d’un barrage filtrant à l’entrée de la faculté des lettres de Besançon, la conférence de presse initialement prévue par des enseignants chercheurs du site bisontin n’a pas pu se tenir ce jeudi après-midi. Impossible pour les journalistes d’entrer à l’intérieur de la faculté.

Cette rencontre médiatique avait pour objectif pour les enseignants d’expliquer les raisons qui les poussent à prendre leur distance avec la loi Oré et le dispositif Parcoursup du gouvernement d’Edouard Philippe. Concrètement, une partie des enseignants chercheurs refusent de procéder au tri et au classement des dossiers des lycéens qui souhaitent poursuivre leur scolarité à l’université. « Le baccalauréat étant le premier grade universitaire, cela donne le droit aux lycéens de pouvoir accéder à l’université. Si tel est leur choix » explique Michel Savaric, enseignant chercheur en anglais. Et de poursuivre : « Nous sommes attachés à ce principe de non sélection à l’entrée de l’université ». De plus, la loi Oré ne convient pas à ces enseignants. Selon eux, « elle ne leur donne pas les moyens d’accomplir leur travail ». « Le gros cafouillage de l’été dernier n’est pas dû au logiciel APB mais parce que l’université craquait de toute part sous l’accroissement des effectifs, qui étaient très largement prévisibles. On savait très bien qu’à l’horizon 2016, 2017, 2018 et encore quelques années supplémentaires, il y aurait un accroissement des effectifs à l’université. Au lieu de nous donner les moyens en poste, en locaux et en matériel pour accueillir tous ces nouveaux étudiants, on instaure une forme de sélection. S’il n’y a pas de sélection, comment va-t-on résoudre le problème du soi-disant manque de place à l’université ? » s’interroge Mr Savaric.

Aucun traitement des dossiers

Une inquiétude légitime lorsque l’on sait qu’à la rentrée prochaine 65.000 étudiants de plus sont attendus dans les facultés françaises. Michel Savaric le fait savoir, les enseignants opposés au système « ne traiteront pas les dossiers ». « Nous n’avons aucune obligation à le faire. Nous n’avons pas les compétences pour le faire. Nous ne comprenons pas pourquoi nous devrions classer les dossiers sur la base des notes qui ne sont pas celles du bac, qui sont les appréciations des professeurs » précise l’universitaire. Et de conclure : « On fait croire aux lycéens, à leurs parents et à nos collègues du secondaire que l’on réintroduit de l’humain et que l’on va examiner chaque dossier individuellement. C’est rigoureusement impossible. Si on devait examiner tous les dossiers, lire tous les CV et les lettres de motivation et les appréciations des enseignants, il nous faudrait des centaines d’heures, en faisant que cela à plein temps. C’est un mensonge. Il n’y aura pas un examen individualisé des candidatures. Il y aura un paramétrage effectué pour chaque formation selon des modalités totalement opaques ».