Environnement : Quel avenir pour le Comté avec le réchauffement climatique ?

Baisse de 20 à 30% des rendements d’ici 2080, pénuries et inflations… C’est un triste scénario qui attend nos producteurs. Pourtant, il est possible pour eux de s'adapter et atténuer leur impact environnemental. Ce seront d'ailleurs les principaux points d'une conférence sur le sujet.

Environnement : Quel avenir pour le Comté avec le réchauffement climatique ?

Ce jeudi 28 novembre a lieu, dès 20h30, une conférence à Saint-Laurent-en-Grandvaux, portant sur le thème « Lait à comté et réchauffement climatique ». Pendant cette soirée, Sylvain Pellerin, conférencier à L'Institut national de la recherche agronomique de Bordeaux, abordera les enjeux du réchauffement climatique au niveau du Jura et de la zone AOP. À ses côtés, Matthieu Cassez, ingénieur agronome de la région, sera là également pour animer le débat.

Comment les agriculteurs peuvent s’adapter aux changements climatiques ? Comment peuvent-ils atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre ? Quelle politique de filière serait idéale ? Ces trois questions seront les principaux points abordés lors de cette soirée.

 

Une situation de plus en plus urgente

Et cette conférence tombe à pic, en sachant que certains scénarios plutôt alarmistes sont déjà en train de se réaliser. « Cela fait deux années consécutives que nous sommes impactés, de manière peut-être plus forte en 2018, commence Mathieu Cassez au téléphone pour Plein Air, avant de poursuivre. On est capables aujourd’hui, à partir de scénarios et données de Météo France, de savoir ce qu’il va se passer à l’échelle de la région ». D’après ces estimations, la ville de Besançon aurait le climat de la Toscane en 2050 et celui de la Grèce en 2080. Il serait également question d’une baisse de 20 à 30% des rendements d’ici soixante ans. « On commence déjà à ressentir les prémices de ces scénarios. Ils vont se répéter et être de plus en plus fréquents ».

 

Quelles réponses vont être apportées ?

« Le premier réflexe des producteurs, c’est de maintenir le niveau de production global et jouer sur la production fourragère ». Ainsi, certains vont intensifier l’utilisation d’engrais quand d’autres vont implanter des prairies artificielles afin d’avoir des herbes plus productives et pallier au manque. L’achat de fourrage ou aliments complémentaires est également de mise. L’autre solution envisagée est celle qui consiste à aller chercher de l’eau dans différentes sources et irriguer les parcelles afin de compenser le déficit de perturbations.

Mais selon Mathieu Cassez, cela ne sert qu’à « sauver les meubles sur du court terme ». En effet, les achats supplémentaires pourront être soumis à inflation dans un contexte de forte pénurie. De plus, ils engendrent une certaine pollution à cause de l’acheminement jusqu’aux fermes. Concernant les synthèses utilisées en complément, elles sont également très consommatrices de pétroles. Enfin, la solution de l’irrigation pose aussi problème. « L’eau va être mise en compétition entre l’utilisation humaine et agricole » explique l’ingénieur.

Mais alors, quelles sont les solutions pour les agriculteurs ? La plus judicieuse pour Matthieu Cassez est celle d’accepter de baisser de 20 à 30% le niveau de cheptel [ensemble des animaux d’élevage d’une exploitation agricole, ndlr] afin de se conformer à la future baisse de rendement. Il ne s’agit pas de la panacée non plus. Il s’agit d’une façon de penser non sans conséquence, puisqu’elle ferait baisser la production de lait dans certaines fermes et aurait donc un impact économique.

 

Quel avenir pour le comté ?

Entre 2010 et 2015, la production du célèbre fromage de notre région a augmenté de 15%. "Les ventes de Comté sont très dynamiques, les prix sont très bons"  témoigne Matthieu Cassez. Malheureusement, ce succès ne conforte pas les producteurs, la valeur ajoutée étant consommée dans les achats supplémentaires précédemment évoqués ou dans la modernisation des bâtiments agricoles afin de faire face à la concurrence.

« Le scénario le plus judicieux serait celui de la décroissance à l’échelle individuelle de chaque exploitation » affirme l’ingénieur. Une baisse de la quantité emmènerait une amélioration de la qualité du produit et de l’impact environnemental. « On peut voir ça sous la forme d’un passage plus ou moins généralisé au BIO ». Une chose qui reste encore compliquée pour beaucoup d’agriculteurs. Ils seraient alors soumis aux aléas du temps et donc, des productions. « On les a habitués à être sur des notions de performances et de production donc c’est dur de tout maitriser d’un coup. Il y a un changement culturel à opérer ».

 

La conférence est ouverte à tous, ce jeudi dès 20h30, dans la salle de la Sitelle à Saint-Laurent-en-Grandvaux.

Created : mercredi 27 novembre 2019 17:58 Categories : Actualités | Actualités locales | Evénements | Environnement Favoris : Ajouter aux favoris Tags : AOP Comté | conférence | écologie | lait | producteurs
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